LA FABRIQUE DE L’HISTOIRE consacrera du lundi 8 janvier au vendredi 12 janvier 2006 sa semaine à l'

Histoire des Radios Libres

Le Lundi : Grand témoin
Jean-Michel Galabert, ancien Conseiller d’état et président de la Commission consultative des radios locales privées (1982-1985).

Le mardi : mémoire de groupe - Radio Libertaire

- Le 1er septembre 1981, les anars s’emparent des ondes, documentaire proposé par Amélie Meffre, réalisée par Christine Robert.
Dans le foisonnement des radios libres qui voit le jour au début des années 1980, Radio Libertaire, émanation de la Fédération anarchiste, va s’imposer coûte que coûte sur la bande FM. La détermination des animateurs bénévoles comme le soutien sans faille des auditeurs auront raison des brouillages et saisies multiples. A l’antenne, aux côtés des chroniques syndicales, des émissions consacrées aux femmes ou aux prisonniers, une part belle est faite à la chanson française, avec comme figure de proue, Léo Ferré. 

Alors que peu à peu, les premières radios se font de moins en moins libres et disparaissent, Radio Libertaire est toujours présente 25 ans après sa création. Avec les témoignages de Floréal Melgar, un des fondateurs de Radio Libertaire, Jacques Lesage de la Haye, animateur depuis 1989 de « Ras les murs », émission consacrée aux prisons et la chanteuse Bernadette Rollin.  Ce documentaire sera suivi d’une rencontre avec Claude Pennetier, historien, chercheur CNRS, responsable d'un programme sur les militants au CNRS.


Le mercredi : Grand discours « Le Festival de la FM »

Emission proposée par Anaïs Kien, réalisée par Christine Robert

Manifestation unique en son genre,  le Festival de la FM connaît quatre éditions : du 31 mai au 3 juin 1982 à Paris, du 18 au 21 juin 1983 à Toulouse et du 1er au  4 juin 1983 ainsi que du 30 mai au 2 juin 1985 à La Rochelle.
Le festival de la FM est fondé et organisé par l’association Banque de Programme. Présidée par Patrick de Villacampa, cette organisation a pour objectif de favoriser les rencontres et les échanges entre les radios locales privées françaises dans un premier temps, puis étend son action aux radios francophones dans un deuxième temps. L’activité de l’association se distribue en trois secteurs principaux qui se confirment et se spécialisent au fil des ans :
la production et la co-production d’émissions radiophoniques, l’organisation d’un marché des programmes et la sollicitation de la production radiophonique afin d’enrichir son catalogue, enfin la sauvegarde de la mémoire des radios.  Le Festival de la FM est également le lieu de débats et de rencontres entre les radios locales privées et les entreprises et collectivités qui s’affirment de plus en plus nombreux chaque année. Les thèmes des discussions qui y ont lieu recoupent les principales préoccupations de ces radios et leur évolution au cours de cette période. L’évocation de cette manifestation aujourd’hui oubliée nous permet d’aborder les problèmes soulevés par les radios locales privées et leur développement par les radios elles-mêmes mais également par les institutions qui se sentent concernées par l’évolution de ce secteur, les relations entretenues entre les radios et celles qu’elles entretiennent avec leurs programmes, leur statut, leur avenir. La troisième édition du festival a lieu à un moment charnière de l’histoire des radios. Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le 4 avril, le président de la République a annoncé une modification législative prochaine visant à autoriser la publicité sur l’antenne des radios locales privées. Ainsi, pour sa quatrième édition le Festival de la FM prend une ampleur tout autre. La possibilité offerte de bénéficier de ressources publicitaires est porteuse d’espoir pour nombre de stations quant à leur avenir et leur ambition contrariée
jusqu’ici par le manque de moyens. L’intérêt des annonceurs et des industries se trouve accru vis-à-vis des RLP qui s’apprêtent à ouvrir un nouveau marché publicitaire. L’autorisation de la  publicité produit une véritable césure et
amorce une course pour le partage du gâteau publicitaire de la FM.   

L’effet Mitterrand mériterait d’être coté en bourse. Si l’on est bon vendeur, une radio sur Paris peut se négocier plus de quatre millions de francs !   On se bouscule donc du 1er au 4 juin 1984 pour assister à l’évènement. Toutefois, l’arrivée de la publicité sur les ondes locales pose problème aux stations. Les réactions des radios sont très diverses. Les unes continuent à penser que seul le statut associatif garantit l’indépendance et la liberté tandis que les autres peaufinent des montages financiers, occultes jusqu’alors, ou seulement à l’état de projet élaboré dans l’espoir d’une ouverture du secteur. Cependant, le débat ne répond pas aux attentes des radioteurs. Les intervenants ne paraissent pas être au fait de leur situation. Déçus, les représentants des stations qui sont par ailleurs venus bien moins nombreux que prévu au festival, instaurent  un festival « off, comme à Avignon ». Le marathon radiophonique qui fait figure de « one-woman-show » de Supernana, ancienne animatrice de la radio non autorisée Carbone 14, au micro de radio La Rochelle, antenne officielle du festival est largement saluée par la presse de gauche et les radios présentes. Arrogante et provocatrice, elle rappelle la vocation alternative que s’étaient données les radios libres originellement.

Avec Jean-Michel Rodes, Patrick Villacampa et Supernana. Ce documentaire sera suivi d’une rencontre avec Patrice Flichy, professeur de sociologie à l’Université de sociologie à l’université de Marne-la-vallée et directeur de la revue Réseaux.

Le jeudi : débat historiographique avec

  • Thierry Lefebvre, historien des sciences, du cinéma et des médias, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris 7, chercheur au CREDHESS (Centre de recherches et d’études en droit,
    histoire, économie et sociologie du social, Paris 1) et au CRECI (Centre de recherche sur la communication et l’image, Paris 7). 
  • Ingrid Hayes, historienne (doctorante d’histoire, Paris 1) : travaille sur Radio Lorraine Cœur d’Acier (1979-1980), radio de contestation au temps du monopole d’Etat.
  • Jean-Jacques Cheval, maître de conférence à l'Université Michel de Montaigne - Bordeaux III. Il collabore au Centre d'Etudes des Médias à la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine, auteur notamment de « Les radios en France : histoire, état, enjeux » (Apogée, sept. 1997).
  • Robert Prot, historien, a travaillé dans la production expérimentale de radio et de télévision : Centre d'études de radio-télévision, Service de la recherche de l'ORTF, Institut National de l'Audiovisuel. À partir de 1981, il est secrétaire de la Commission des radios locales privées, puis membre des Comités techniques radiophoniques du CSA (Paris, puis Marseille). L'un des trois fondateurs du Comité d'Histoire de la Radio-diffusion, il a publié divers ouvrages sur l'audiovisuel, auteur notamment de Dictionnaire de la radio : 75 années de radiodiffusion (PUG, 1998).