Radio, télévision et Histoire

Blog consacré aux documentaires et émissions à caractère historique (par Jean-Michel Guieu)

02 juin 2008

De Hitler à Hollywood (France 3, vendredi 6 juin, 23h25)

France 3 diffuse vendredi 6 juin à 23h25 un film de Karen Thomas (80'), intitulé "Exils : de Hitler à Hollywood". Ce documentaire inédit retrace l’expérience de ces exilés allemands d'origine juive (Marlène Dietrich, Billy Wilder, Hedy Lamarr, Fritz Lang, Fred Zinnemann, Robert Siodmak, etc. ), exclus par Hitler de l'industrie cinématographique de leur pays, qui trouvèrent refuge à Hollywood (plus de 800 professionnels du cinéma s’exilèrent ainsi à Hollywood entre 1933 et 1939 ) et révèle l’impact de leur exil à la fois sur le cinéma allemand et sur celui des Etats Unis. En Allemagne, ils avaient réinventé le cinéma avec des films pionniers comme Le Cabinet du Docteur Caligari, L’Ange bleu et M le Maudit. A Hollywood, leur influence s’étendit du film d’horreur au film noir, à la comédie et au drame. De même les compositeurs en exil et leurs brillantes partitions transformèrent le rôle de la musique au cinéma.

Le point de vue de Télérama : "Fritz Lang, Billy Wilder, Fred Zinnemann, Robert Siodmak... Ces quatre grands noms de Hollywood ont un point commun : dans les années 30, ils ont quitté leur Europe natale pour échapper au nazisme. Huit cents professionnels du cinéma, pour la plupart originaires d’Allemagne ou d’Autriche, ont ainsi trouvé refuge aux Etats-Unis entre 1933 et 1939. Un documentaire revient sur les conditions douloureuses de cet exil aussi dévastateur pour Berlin (avant que les juifs n’en soient exclus, l’industrie cinématographique allemande était l’une des plus créatives au monde) que bénéfique pour Holly­wood (sans les réalisateurs d’Europe centrale, pas d’Assurance sur la mort ni tant de chefs-d’œuvre du film noir). Cette émigration à forte valeur culturelle ajoutée n’était pourtant pas la bienvenue dans les studios américains – souvent dirigés, ironie du sort, par les descendants de familles juives européennes ayant fui les pogroms du XIXe siècle... Les puissants syndicats de techniciens ont ainsi refusé de faire travailler les chefs décorateurs, monteurs et cameramen en exil.
Riche en anecdotes (on apprend qu’Ernst Lubitsch et Marlene Dietrich avaient organisé une filière secrète d’immigration pour leurs compatriotes en péril), le film de Karen Thomas déçoit un peu dans son analyse trop succincte des apports artistiques de la Vieille Europe à Hollywood" (Samuel Douhaire, Télérama, Samedi 31 mai 2008)

Le point de vue de La Libre Belgique : "Si Berlin est capitale culturelle européenne au tout début des années 20, dès la fin des années 30 la tendance s'inverse au bénéfice des Etats-Unis, un foisonnement et une éclosion impossibles sans l'apport de nombreux génies juifs fuyant l'Allemagne nazie et l'Autriche occupée. Sans eux, ni "Fiancée de Frankenstein", ni "Aventures de Robin des Bois", ni "Assurance sur la mort", ni "Casablanca" ou "Le Train sifflera trois fois". Et les règles du film noir ou du film d'horreur n'auraient jamais été aussi brillamment posées... Quelques années après la Première Guerre mondiale, Berlin était en effet devenue la capitale culturelle de l'Europe, le centre rêvé pour les arts et la culture d'avant-garde ; le cinéma allemand montrait la voie de la modernité. Le studio Ufa, le plus vaste et le plus avancé d'Europe, réunit alors les plus grands talents d'Allemagne avec Erich Pommer, Fritz Lang, Ernst Lubitsch et tant d'autres. A l'époque, tous les studios hollywoodiens ont un bureau à Berlin qui, dès 1920, font venir en Amérique les talents les plus originaux tels Fred Zinneman, Joe May, Marlene Dietrich, etc. Un homme, et le système qu'il génère, vont provoquer une véritable fuite en avant ruinant tous les rêves du cinéma allemand : Hitler, mû par sa haine viscérale des juifs. Riche d'images d'archives toujours aussi saisissantes (incendie du Reichstag, rafles, discours de Goebbels, galas de Dietrich, etc.), le film de Karen Thomas rend très palpable la tension d'alors. Et rappelle le déchirement et le chavirement vécus par chaque émigrant abandonnant ainsi patrie et amis. Même si cela leur permit, au bout de quelques années de nécessaire adaptation, de connaître une vie professionnelle plus épanouie à Hollywood. "Ce n'était pas mon idée de partir, dira Wilder, c'était celle d'Hitler." Les amateurs de cinéma se délecteront des très nombreux extraits de films de l'époque dorée allemande, puis hollywoodienne, et verront sous un autre jour les carrières d'hommes comme Billy Wilder ou Peter Lorre. Rappelé par le studio Ufa, ce dernier avait télégraphié : "Il n'y a pas assez de place en Allemagne pour deux assassins", se référant à son rôle dans "M. le maudit". Joli culot pour un fugitif..." (source : La Libre Belgique, article mis en ligne le 19 mai 2008).

Posté par jmguieu à 10:01 - Télévision - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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