Radio, télévision et Histoire

Blog consacré aux documentaires et émissions à caractère historique (par Jean-Michel Guieu)

12 septembre 2008

Le dessous des accords de Munich (Arte, mercredi 17 septembre, 21H)

Dans le cadre des "mercredis de l'histoire", Arte diffuse le 17 septembre un documentaire allemand inédit de Christine Rütten (2008, 52') sur "Les dessous des accords de Munich" dont on célèbre ce mois de septembre le 70e anniversaire.

Présentation du documentaire sur le site internet d'Arte : "À la fin des années 30, Hitler se lance dans une politique de regroupement de toutes les populations d'origine germanique. Après avoir annexé l'Autriche en mars 1938, il réclame le rattachement des Sudètes. Cette région frontalière, qui appartenait autrefois à l'Empire austro-hongrois, est habitée par plus de 3,2 millions de germanophones. Depuis 1919 et le traité de Saint-Germain-en-Laye, cette minorité est rattachée à la République de Tchécoslovaquie. L'Allemagne est prête à la guerre pour obtenir leur intégration au Reich. Le 28 septembre, Benito Mussolini, encouragé par le Premier ministre britannique Arthur Neville Chamberlain, promoteur d'une politique d'"apaisement" avec l'Allemagne nazie, propose la tenue d'une conférence internationale pour régler la question. Celle-ci se tient à Munich les 29 et 30 septembre 1938 ; y participent Hitler, Chamberlain, Mussolini et le Français Daladier. Les accords qui en résultent imposent à la Tchécoslovaquie l'annexion du territoire des Sudètes par l'Allemagne. Pour les signataires, c'est le prix à payer pour éviter une guerre européenne. À leur retour, Chamberlain et Daladier sont fêtés en héros. Léon Blum, lui, est partagé entre "un lâche soulagement et la honte". Seul Churchill s'insurge : "L'Angleterre avait le choix entre le déshonneur et la guerre. Elle a choisi le déshonneur, et elle aura la guerre." Moins d'un an plus tard, l'Allemagne nazie attaquera la Pologne et déclenchera la Seconde Guerre mondiale. Soixante-dix ans après les faits, quels enseignements tirer des accords de Munich ? Les démocraties occidentales n'auraient-elles pas dû s'opposer à l'expansionnisme du Reich ? Pourquoi avoir sacrifié la Tchécoslovaquie, un État démocratique où s'étaient réfugiés nombre de citoyens poursuivis par les nazis dans leur pays d'origine ? Christine Rütten reconstitue soigneusement l'enchaînement des faits et explique comment "l'esprit de Munich", ce mélange de pacifisme et de défaitisme, s'est imposé".

Critique de Téléobs : "Signés dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938 par Hitler, Mussolini, Chamberlain et Daladier, les accords de Munich ?- soixante-dix ans après - n'en finissent pas d'être d'actualité. Le nom propre de la capitale bavaroise est devenu nom commun. Il désigne l'irrésolution des démocraties face aux dictatures, l'apaisement irréfléchi, le pacifisme imprudent. En 1938, lesdits accords, rappelons-le, entérinaient l'annexion par l'Allemagne du territoire tchèque des Sudètes, où vivaient 3 millions de germanophones. En d'autres termes, ils marquaient l'abandon à son triste sort de la Tchécoslovaquie démocratique par la France et l'Angleterre qui pensaient ainsi, avec un brin de candeur, apaiser Hitler et donc éviter la guerre. Pour cette raison, le spectre de Munich est convoqué chaque fois que le camp démocratique se trouve confronté aux appétits et à la détermination d'un dictateur. Le Serbe Milosevic dans les années 1990, l'autocrate irakien Saddam Hussein en 1991 et en 2003, ou encore, aujourd'hui, la Russie de Medvedev et Poutine décidée à reconstituer son «glacis» dans le Caucase, quitte à violer l'intégrité territoriale de la Géorgie. Conséquence : depuis trois décennies et demie, le souvenir de Munich ranime les mêmes débats entre les «conciliateurs» et les «va-t-en-guerre». Il arrive, il est vrai, que la honte de 1938 soit instrumentalisée pour justifier un bellicisme discutable. Qu'on songe à l'offensive américaine de 2003 en Irak.
Le documentaire de Christine Rütten est très clair et très utile. Il s'agit de «dépiauter», si l'on peut dire, les péripéties diplomatiques de l'année 1938 afin de montrer comment se met en place ce qu'on pourrait appeler l'engrenage de la lâcheté. Aux images d'époque sont ajoutés des témoignages éclairants, par exemple ceux du fils de Daladier ou des résistants tchèques de la première heure. La conviction qu'on pouvait éviter la guerre en acceptant l'abandon sacrificiel de la Tchécoslovaquie - ce que Churchill appela le «déshonneur» - paraît rétrospectivement stupéfiante. En effet, Hitler n'avait jamais fait mystère de ses intentions. Les pages de «Mein Kampf» étaient connues de tous, les violences antisémites avaient largement commencé en Allemagne, et les opposants à Hitler étaient déjà réduits à l'impuissance.
Paradoxalement, ce sont les conservateurs britanniques qui paraissent les plus imprévoyants dans cette affaire. Edouard Daladier est plus lucide, plus inquiet, plus tourmenté que Neville Chamberlain, son partenaire britannique, qui lui fait comprendre à plusieurs reprises que l'Angleterre n'entend pas se battre pour Prague. Son fils rappelle à ce sujet une anecdote significative. De retour à Paris après Munich, Daladier, de la passerelle de l'avion, aperçoit une foule de Français excités. Il est convaincu que ces gens viennent l'injurier d'avoir capitulé. Il découvre que ces gens sont là pour l'acclamer d'avoir «sauvé la paix». Entre ses dents, il ne fait qu'un seul commentaire, passé depuis lors à la postérité : «Les cons !» (source : Téléobs)

Critique de Donatien Frobert dans Telerama : "« Je n'avais jamais entendu autant de gens se taire » ; c'est ainsi qu'une journaliste praguoise décrivit, en 1939, le fatalisme du peuple tchécoslovaque. Ce mutisme fut aussi celui, lourd de conséquences, de la France et de l'Angleterre. Silence quand le Reich se réarme et lorgne sur la Tchécoslovaquie au nom du pangermanisme. Soumission, ensuite, quand Daladier et Chamberlain livrent, avec les accords de Munich du 30 septembre 1938, les Sudètes aux nazis, qui, six mois plus tard, envahiront tout le pays. Ils pensaient garantir la paix...
Plus que les coulisses de cette signature, ce documentaire s'attache à détailler le contexte et la succession d'événements qui y ont conduit. Président du Conseil, Daladier ne veut lancer aucune mise en garde forte aux nazis sans l'appui des Anglais. Mais leur Premier ministre, Chamberlain, ne veut pas s'investir dans « un conflit entre gens dont nous ne savons rien ». Le film met d'ailleurs l'accent sur la responsabilité morale portée par ce dernier, persuadé qu' « Hitler est un homme de parole », tandis que Daladier était conscient de l'inéluctable. Il est cependant dommage que rien ne vienne nuancer le témoignage du fils Daladier ou la correspondance candide de Chamberlain. Mais, après tout, que l'un ait eu plus honte que l'autre ne changea rien au sens de cet accord, ni au désespoir des Tchécoslovaques, qui, eux, savaient ce qui les attendait. [Donatien Frobert] (source : télérama)

Posté par jmguieu à 12:15 - Télévision - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

sur arté

Notons également que cette semaine Arté a diffusé un superbe film: la vie des autres.
Je vous invite à découvrir la critique sur mon blog ds la catégorie drame historique.
Voici l'adresse:
http://cinemadolivier.canalblog.com/ Peut-être pourrions nous partager des impressions?
à bientôt j'espère!

Posté par eelsoliver, 09 octobre 2008 à 22:54

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