05 octobre 2009
L'affaire Kravchenko (Arte, mercredi 7 octobre 2009 - 20h45)
Arte diffuse dans le cadre des "mercredis de l'Histoire" le documentaire inédit de Bernard George, écrit avec Emmanuel Blanchard, d'après L'Affaire Kravtchenko, de Nina Berberova (France, 2009)
(Présentation Arte.tv:) La guerre froide à Paris, à travers le procès spectaculaire qui, en 1949, opposa un célèbre dissident soviétique à des intellectuels communistes français.
En 1949, à Paris, Victor Kravchenko, dignitaire soviétique passé à l'Ouest et auteur du best-seller J'ai choisi la liberté, attaque en diffamation le journal communiste Les lettres françaises, qui l'a violemment dénigré dans ses colonnes. Dans une salle d'audience bondée de journalistes, Kravchenko a fait venir des témoins qui racontent pour la première fois la famine en Ukraine, les purges staliniennes et, quinze ans avant Soljenitsyne, l'enfer des camps soviétiques. Face à lui, soutenu par Moscou, le journal communiste a réuni témoins et intellectuels (comme le physicien et Prix Nobel Frédéric Joliot-Curie ou l'écrivain Vercors) qui, en ordre de bataille, s'acharnent à nier l'évidence. Dans ces années d'après-guerre, le Parti communiste français est le "parti des fusillés", le symbole de la Résistance... Parmi les journalistes qui tiennent la chronique judiciaire du procès, une jeune auteure russe : Nina Berberova. C'est sur ses textes que le film s'appuie pour dérouler le récit d'un procès spectaculaire.
Durant trois mois et sous les yeux du monde, la 17e chambre correctionnelle de Paris est le théâtre de la guerre froide : goulag contre avenir radieux du prolétariat, histoires vécues contre discours officiel... Deux représentations du monde s'affrontent dans ce procès qui met en scène un homme exubérant, imbu de lui-même, persuadé d'avoir gain de cause sur les intellectuels communistes français qui l'accusent de ne pas être l'auteur de son livre. Retraçant jour après jour le déroulement des audiences, grâce essentiellement à des archives photographiques (traitées en 3D), Bernard George propose parallèlement une passionnante réflexion sur l'engagement communiste : à travers les témoignages de Pierre Daix, ancien rédacteur en chef des Lettres françaises, Dominique Desanti, à l'époque journaliste dans la presse communiste, Claude Lefort, alors collaborateur des Temps modernes, ou encore Edgar Morin, membre du PCF jusqu'à son exclusion dans les années 50, le réalisateur tente de comprendre par quels mécanismes insidieux on pouvait rester aveugle devant la vérité du stalinisme.
Pour en savoir plus :
- Un article de Charlotte Cachin-Liébert consacré au procès Kravchenko sur le site de L'Histoire.
01 octobre 2009
Apocalyse (France 2, mardi 8-15-22 septembre 2009, 20h35)
Ce fut incontestablement un des temps forts de la rentrée de la rentrée du documentaire historique que cette série "Apocalypse" en 6 épisodes de 52 minutes, diffusée par France 2 en septembre dernier. Due à Daniel Costelle, Jean-Louis Guillaud, Henri de Turenne et Isabelle Clarke, cette série documentaire entendait raconter la seconde guerre mondiale, uniquement en images d'archives (colorisées), pour la moitié inédites.
France 2 a battu pour l'occasion des records d'audience. Le dernier volet de la série documentaire diffusé mardi 22 septembre a rassemblé 7,5 millions de téléspectateurs, soit une part d'audience de 29,2% selon Médiamétrie.
Si l'on peut se réjouir de telles audiences pour un documentaire historique, quelle vision de la seconde guerre mondiale les télespectateur auront-ils reçue et retenue ?
A verser au débat :
L'interview de Daniel Costelle par la TSR (émission radiophonique Histoire Vivante, 4 septembre 2009)
Les dangereuses approximations d'Apocalypse (site Rue89). Selon l'auteur de l'article, Vincent Artuso, la série documentaire "véhicule un discours franchement réactionnaire" : narration purement événementielle qui laisse de côté toute analyse économique et sociale; défaite de 1940 qui n'est considérée que du point de vue militaire; présentation indulgente de Vichy, etc. Mieux encore : " Clarke et Costelle reprennent des thèses qui font fortement songer à celles défendues par les historiens révisionnistes au cours de la « querelle des historiens », dans les années 80".
En mettre plein les yeux et rendre «Apocalypse» irregardable (Libération, 21 septembre 2009). Extrait des propos de Georges Didi-Huberman, philosophe et historien de l'art : "La série Apocalypse n’a restauré ces images que pour leur rendre une fausse unité, un faux présent de reportage et de mondiovision. Elle a pensé que nous étions trop stupides pour accepter de voir des bribes blêmes, des lacunes, des bouts de pellicule rayés à mort. Elle s’est tout approprié et ne nous a rien restitué. Elle a voulu nous en mettre plein les yeux et, pour rendre les images bluffantes, elle les a surexposées. Façon de les rendre irregardables."